La société de production Carlotta Film et La Caméra du philosophe vous proposent une avant-première du film japonais « Silence », pour la première fois projeté en France.

Lundi 3 juin à 18h30

SILENCE

de Masahiro Shinoda

« Je voulais que le film soit totalement direct, presque à la manière d’un documentaire. En même temps, je voulais que la caméra soit impartiale, qu’elle soit comme un œil universel. » Masahiro Shinoda

Séance animée par Bernard Patary

Au XVIIe siècle, deux prêtres jésuites, le père Rodrigues et le père Garrpe, débarquent sur les côtes japonaises. Dans ce pays où la religion chrétienne est interdite et ses fidèles persécutés, les deux missionnaires sont accueillis avec enthousiasme par les croyants, obligés de se cacher pour pratiquer leur foi. Le but des deux Occidentaux est d’aider à réimplanter le christianisme dans le pays, mais également de découvrir la vérité sur leur mentor, le père Ferreira, mystérieusement disparu après sa capture par les autorités cinq ans plus tôt… 

affiche silence .

extrait

    photo 1

photo 2

>>> INSCRIPTION 

Adapté du roman éponyme de Shusaku Endo (également coscénariste sur ce film), Silence  (de 1971) revient sur le conflit culturel provoqué par l’arrivée de missionnaires jésuites dans le Japon du XVIIe siècle.

Quarante-cinq ans avant le film de Martin Scorsese, le cinéaste Masahiro Shinoda, figure clé de la Nouvelle Vague japonaise, questionnait déjà la difficile compatibilité entre la nature humaine et l’exigence de la foi. Avec la collaboration du grand directeur de la photographie Kazuo Miyagawa (Rashomon d’Akira Kurosawa, L’Intendant Sansho de Kenji Mizoguchi), Shinoda exprime à travers sa mise en scène tout le paradoxe de la spiritualité et enrobe de mystère les magnifiques paysages nippons. Il filme son pays comme un territoire impénétrable, adoptant par là le point de vue d’un étranger – celui des jésuites.

Comme son titre le laisse entendre, Silence repose beaucoup sur sa bande-son, dans laquelle prédominent les bruits de la nature comme le chant des cigales ou le clapotis des vagues. Influencé par l’oeuvre de John Cage, le compositeur Toru Takemitsu joue également avec cette notion de silence, renvoyant à la fois au silence de Dieu face aux souffrances des hommes comme au silence des hommes perdus et démunis face à une nature omniprésente. Quant à la musique, elle entremêle instrumentation occidentale et orientale pour former une partition dissonante et discordante, soulignant la difficile confrontation entre les deux cultures.

Point d’orgue du film, ce conflit aboutira à un face-à-face magistral entre les pères Rodrigues et Ferreira, formidablement campés par l’Anglais David Lampson et le Japonais Tetsuro Tanba, dans une scène évoquant l’inoubliable apparition du colonel Kurtz, d’abord chez Joseph Conrad (Au coeur des ténèbres) puis chez Francis Ford Coppola (Apocalypse Now).


Né à Tokyo en 1923, Shusaku Endo passe son enfance en Mandchourie, territoire alors occupé par l’armée nippone, et ne retourne au Japon qu’à l’âge de 10 ans. Au même moment, sa mère, récemment divorcée, se convertit au catholicisme et décide de faire baptiser son fils. Dans un pays où seulement 1 % de la population est de confession catholique, cette conversion marquera à jamais la vie du jeune Endo.

Fasciné par l’Occident, il entame après la Seconde Guerre mondiale des études de littérature française à Tokyo avant de partir pour l’université de Lyon. Là, il se prend de passion pour les romanciers catholiques en vogue comme François Mauriac, Georges Bernanos ou Julien Greene, dont l’oeuvre ausculte les questionnements de la foi et de l’âme humaine. En tant qu’étranger, Endo pose un regard critique sur ce pays, la France, en proie aux premiers soulèvements anticolonialistes. L’impérialisme occidental et le processus d’évangélisation toujours en cours dans les années 1950 laisseront de fortes empreintes sur son roman Silence, écrit en 1966.

L’écrivain Graham Greene, à qui l’on a souvent comparé Endo, a dit de Silence qu’il s’agissait      « d’un des meilleurs romans de notre temps ». Écrivain majeur de la génération d’après-guerre, l’oeuvre de Shusaku Endo restera marquée par cette dualité entre Est et Ouest, son profond attachement aux traditions nippones et à sa foi catholique, à travers des personnages toujours en proie à des dilemmes moraux.

photo4


Bernard Patary, qui animera la séance du 3 juin , est professeur d’histoire géographie au lycée Paul Claudel (Paris). Il a notamment publié aux éditions Karthala « L’institution missionnaire en Asie (XIXe-XXe siècles) », le collège général de Penang : un creuset catholique à l’époque coloniale.


Lieu : Institut Catholique de Paris – 74, rue de Vaugirard – Paris 6ème


Pour des raisons de sécurité, l’inscription est OBLIGATOIRE pour toutes personnes extérieures à l’Institut Catholique. La présentation du ticket d’inscription sera nécessaire à l’entrée l’établissement.

Trois modalités de participation :
1/ Pour les étudiants extérieurs à l’ICP, la séance est gratuite.
2/ Pour les personnes extérieures à l’ICP et non pour les étudiants, la participation aux frais par séance est au prix de 7 euros. Elle se fera sur place à l’entrée de la séance.
3/ Une carte de cinq séances peut sinon être achetée pour 25 euros (5 euros la séance). Il est cependant nécessaire de s’inscrire pour chacune des cinq séances choisies .